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Geeks anciens

Réforme du collège : un calendrier comique des dieux de l'Olympe par des professeurs de Lettres classiques

3 Septembre 2015 , Rédigé par Geek ancien Publié dans #Réforme du collège 2016, #Revue de presse

La défense du latin et du grec continue

Tandis que le Ministère de l'Education nationale alourdit encore (si c'est possible) sa campagne de communication autour de la réforme du collège, les défenseurs des enseignements de langues anciennes persévèrent dans leur opposition au projet.

En effet, cette réforme rendrait les enseignements de latin et de grec proprement dits beaucoup moins accessibles aux élèves, contrairement à ce qu'affirme la rhétorique ministérielle. En faisant disparaître les horaires plancher actuellement en vigueur à l'échelle nationale et en supprimant les options au profit d'un assemblage maladroit entre des "Enseignements pratiques interdisciplinaires" et des "enseignements complémentaires de langues" dont les horaires seraient entièrement à la discrétion des administrations des établissements, cette réforme créerait de fait d'importantes inégalités entre les collèges.

Les collèges de centre-ville accueillant beaucoup d'élèves et disposant mécaniquement de plus généreuses dotations horaires se verraient les seuls capables de continuer à consacrer des heures à ces enseignements, tandis que les collèges de plus petite taille et les établissements ruraux, asphyxiés par la baisse des dotations, n'auraient pas d'autre choix que de les supprimer.

Les enseignements de grec ancien, de leur côté, risqueraient tout simplement de disparaître.

L'usine à gaz de la réforme, très technique, est démontée sur plusieurs sites d'enseignants, dont le site "Réforme du collège" qui consacre une page au sort des langues anciennes.

Aux soutiens déjà manifestés par des personnalités des lettres et des arts ou du monde politique s'en ajoutent d'autres parfois moins prévisibles, comme celui du mathématicien Cédric Villani (article dans Le Point le 16 juin).

Des professeurs de Lettres classiques en dieux de l'Olympe

Face au calendrier de la réforme, un groupe de professeurs de Lettres classiques a créé un calendrier parodique, un calendrier, non pas des dieux du stade, mais des dieux de la classe, puisque ce "calendrier des immortels" se compose de photographies de professeurs déguisés en divinités de l'Olympe. L'esthétique du résultat, joliment colorée, emprunte davantage à La Belle Hélène d'Offenbach ou aux photos de classe costumées qu'à la peinture classique. Les photos des divinités sont accompagnées de citations formant autant de calembours opposés à la réforme. Athéna peut ainsi s'exclamer : "La réforme, ça Minerve".

Le projet, à but non lucratif, a été conçu sur deux groupes Facebook rassemblant des défenseurs des langues anciennes ("Défense et illustration des langues grecque et latine", qui compte actuellement plus de 2200 membres, et "Défendons (sans maugréer) les Langues Anciennes !", créé par la suite, qui en compte en ce moment plus de 1400). Il a ensuite été organisé pendant l'été par un groupe d'enseignants et rendu public en août sur la plate-forme de financement participatif Ulule, où il est possible de commander le calendrier jusqu'au 16 septembre. Selon la page du projet, l'argent récolté sert à financer les envois postaux (il faut compter 6,50 euros pour un calendrier).

Un projet qui plaît aux médias, moins au Ministère

Plusieurs médias, contactés par les mères porteuses du projet, ont relayé l'initiative :

- Le Parisien : "Des profs de latin... en dieux de l'Olympe !", article de Christel Brigaudeau le 21 août.

- Le Figaro : "Des profs créent un calendrier parodique pour défendre les langues anciennes", article d'Antoie Sillières le même jour.

- Le Huffington Post : "Réforme des collèges : ils posent en divinité de l'Antiquité pour défendre les cours de latin et de grec", article de Martin d'Aspe le même jour.

Selon un article du Figaro paru plus tard ("Le calendrier parodique des profs de latin et de grec ne fait pas rire l'Éducation nationale", article de Caroline Beyer paru aujourd'hui 3 septembre), plusieurs enseignants ayant pris part au projet auraient reçu des mises en garde et des tentatives de pression de la part du Ministère de l'Education nationale. On y mentionne notamment des rappels à un "devoir de discrétion" que l'on peine toutefois à découvrir dans les statuts des enseignants sur les textes officiels qui les concernent. Curieux flou dans la connaissance des textes officiels de la part d'un Ministère.

L'accusation d'atteinte à la "dignité de la fonction publique" est moins absurde : il est vrai que rien de tout cela ne vole très haut. Mais l'accusation laisse rêveur de la part d'une institution qui n'hésite pas à donner de ses propres enseignants de Lettres classiques une image à la limite de la calomnie, en présentant dans une BD "avant/après" un professeur en vieux croûton (bravo l'image des personnes âgées, au passage) occupé à faire ânonner des déclinaisons aux élèves, alors même que les programmes actuels sont beaucoup plus variés et attrayants que cela et qu'un rapport de l'Inspection de 2011 (lien vers le rapport en pdf) soulignait les efforts constants des enseignants de Lettres classiques pour rendre leurs cours intéressants. Curieux flou dans la connaissance des textes officiels de la part d'un Ministère (bis)

Ce même Ministère dont Le Parisien indiquait qu'il paye pour améliorer le référencement de ses pages consacrées à la réforme aux détriments des autres pages potentiellement moins élogieuses aurait-il peur de simples bouts de tissu et de carton-pâte ? L'esprit "péplum et opérette" est parfois plus subversif qu'on ne croit ; ou alors, les promoteurs de la réforme au Ministère sont bien mauvais joueurs. Quand on se trouve face à de meilleurs communicants que soi, que fait-on, messieurs et dames du Ministère ? On les embauche. L'ennui est que, techniquement, avec ces enseignants, c'est déjà fait, mais qu'avec la réforme qui va vider leur métier de son sens, ils ne vont plus longtemps rester à votre service. Une énième raison de repenser cette "réforme" qui est surtout un grand bond en arrière pour l'offre culturelle de l'Education nationale.

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