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Geeks anciens

"Phallaina", une BD de SF mythologique pour écrans tactiles

8 Février 2016 , Rédigé par Geek ancien Publié dans #Bande dessinée, #Science-fiction

Phallaina, de Marietta Ren, est une bande dessinée interactive de science-fiction mythologique. Elle raconte, en noir et blanc, l'histoire d'une jeune femme, Audrey, souffrant d'hallucinations au cours desquelles elle voit des baleines. Au cours de rendez-vous chez un neurologue, elle apprend que son organisme est par ailleurs doté d'une structure rare qui lui permet de rester en apnée pendant un temps anormalement long. Ces apparitions de cétacés et ce contact privilégié avec les profondeurs sont les deux premiers jalons d'une enquête qui doit bientôt remonter vers un passé lointain pour percer le mystère de la maladie d'Audrey. A vue de nez, il s'agit du même genre d'imaginaire de SF autour des baleines que la novella La Vieille Anglaise et le continent de Jenne-A Debats (paru chez Griffe d'encre en 2008) par exemple, mais avec l'aspect mythologique en plus.

Ancienne élève de l'école d'animation des Gobelins à Paris, Marietta Ren explore avec Phallaina une forme originale et en plein développement : celle des bandes dessinées conçues pour être lues sur ordinateur ou sur des interfaces tactiles telles que les tablettes ou les téléphones mobiles. La BD se lit en faisant défiler le dessin horizontalement (un peu comme un papyrus antique, pourrais-je préciser), tandis qu'une bande sonore complète le récit (et change en fonction du point de la BD que vous êtes en train de visionner).

La BD est disponible depuis le 26 janvier sous la forme d'une application pour tablettes et smartphones téléchargeable gratuitement sur l'Apple Store ou Google Play. Dommage qu'il se limite à ces deux plate-formes : si vous n'avez envie d'avoir de compte ni sur l'un ni sur l'autre, il faudra attendre et espérer que le projet s'étende à d'autres supports que ces mastodontes du capital un peu moins inoffensifs que les baleines.

Autre solution pour voir la BD, mais sur un support plus solide : elle sera présentée sous forme d'installation dans plusieurs festivals. Elle a été présentée au festival de la bande dessinée à Angoulême du 28 au  31 janvier, et sera de nouveau visible à la ferme du Buisson, à Noisiel-Marne-la-Vallée, entre le 4 et le 9 avril. La BD y prend la forme d'une longue fresque que vous pouvez lire à pied (si je puis dire) en vous équipant d'un dispositif audio idoine disponible sur place pour bénéficier de la bande sonore.

Digression ortho-étymologique

Une anecdote sur l'orthographe du titre, pour finir. Dans le Bailly, dictionnaire de références en France pour le grec ancien, phalaina est le nom de la baleine, mais il est orthographié avec un seul lambda. Le même mot avec deux l n'existe pas dans ce dictionnaire, et le seul mot qui s'en rapproche est... phallos, qui désigne les pénis factices consacrés à Dionysos et portés en procession au court des phallophories en Grèce antique. Tout de même étonné que l'auteure ait choisi une orthographe avec deux l, j'ai consulté le Greek-English Lexicon de Liddell-Scott-Jones, qui, lui, mentionne l'orthographe avec deux lambdas dans l'article principal (ainsi que l'orthographe avec un seul lambda, mais l'entrée avec un seul lambda renvoie vers l'autre). Il s'avère aussi que certains dictionnaires étymologiques français mentionnent l'orthographe avec deux lambdas.

Il faudrait aller consulter directement les occurrences du mot dans les textes antiques pour vérifier qui emploie quelle variante et ce que cela peut vouloir dire. Le Liddell-Scott-Jones indique que l'orthographe à deux lambdas est la plus ancienne, tandis que les auteurs de la fin de l'Antiquité semblent écrire phalaina, ce qui pourrait aussi expliquer que le mot latin balaena ait fini par donner en français baleine avec un seul l. Le Liddell-Scott-Jones répète à l'envie que les "best" manuscrits utilisent deux lambdas, et aussi que la "best" orthographe en latin est ballaena. Le dictionnaire latin-français Gaffiot, dans sa dernière édition, choisit d'ailleurs ballaena, mais précise dans la parenthèse étymologique que le mot vient de... phalaina.

Moralités : 1) mettez autant d'ailes que vous voulez à vos baleines. 2) Mieux vaut toujours consulter plusieurs dictionnaires plutôt qu'un. 3) Franchement, il est grand temps de refaire une meilleure édition du Bailly (ce qui serait aussi l'occasion pour Hachette de renforcer enfin la reliure pitoyable de l'édition actuelle même pas fichue de tenir le coup dans le cadre d'une utilisation normale...).

Bref, pour revenir à la bande dessinée, vous trouverez plus d'informations à son sujet sur le site officiel de Phallaina.

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